D’ordinaire, c’est à voix basse qu’il est obligé de « chiner » le spectacle… Et, quand le rideau tarde à se lever, c’est avec précaution qu’il ajoute le bruit de ses pieds aux autres bruits de pieds réclamant « des lampions », en cadence : tout en frappant sournoisement le sol, il continue à parler à sa voisine de l’air le plus détaché…
Aujourd’hui, il se rattrape : la foule impatiente n’a pas de plus enragé meneur. Et si quelqu’un siffle, ne cherchez pas : c’est le payant occasionnel. Il tient à profiter de tous les droits que, pour une fois, il a achetés en entrant…
Dieu m’a permis, un soir de ma vie, d’assister à la confusion d’un payant orgueilleux, insolent, despotique.
C’était dans un petit théâtre, alors en pleine vogue. Le samedi, on refusait du monde.
Ce samedi, le payant en question, qui avait installé une dame dans une loge, était redescendu au contrôle pour se plaindre de je ne sais pas quoi, et empoignait le contrôleur dans des termes qui, proférés à l’adresse du pain pourri lui-même, eussent paru exagérés.
Les contrôleurs ne s’en inquiétaient que très peu. Leur contrôle était assiégé ; ils avaient autre chose à faire qu’à répondre… Le monsieur, comme manifestation suprême, posa son coupon sur le comptoir, et s’écria : « Mon argent ! Je veux mon argent ! »
Il savait fort bien que ce n’est conforme ni au droit ni à l’usage, et que, sauf dans des cas tout à fait graves, on ne reprend pas les coupons délivrés.
Mais il y avait ce soir-là tellement de monde que l’administrateur, présent au contrôle, saisit avec empressement le billet, qu’il rendit à la buraliste, en lui disant froidement :
— Remboursez monsieur !