— As-tu reçu les deux places ?

— Il m’a envoyé sa carte : Prière de placer deux personnes…

Deux personnes… Deux anonymes… Deux humbles et quelconques unités !

— Je ne vais plus au théâtre dans ces conditions-là ! dit la dame. La dernière fois, ils nous ont donné un fauteuil et un strapontin. Qu’il nous envoie deux places numérotées !…

— Il y consentira peut-être. Mais il nous les donnera mauvaises, pour nous faire croire que les premiers rangs sont pris… Je vais me mettre en habit, toi en décolleté. Ils nous placeront dans une avant-scène.

Les « faveurs » finissent par être plus exigeants que les payants. Et ça se comprend. On leur fait une politesse : il faut qu’elle soit complète. Le payant, lui, fait une affaire. Qu’il se défende ! Si on lui colle une mauvaise place, tant pis pour lui !

D’ailleurs, les payants (qui sont des êtres humains… après tout), les payants ne veulent pas se dire qu’ils ont fait une mauvaise affaire. Ils font leur possible pour être contents, heureux, et manifester leur joie. Ils paient, donc ils chanteront !


Il existe une variété sauvage de « payants », très différente du payant vulgaire, domestique et résigné. Nous voulons parler du payant occasionnel, ce « faveur » qui s’est vu dans l’obligation de conduire un soir déterminé, à un théâtre donné, soit une dame qu’il veut conquérir, soit un monsieur qu’il veut rouler. Il a donc pris ses places au bureau. Soyez tranquille, il le répétera plusieurs fois dans la soirée.

Il se dédommage enfin de la longue contrainte où l’a réduit sa condition de « faveur ».