C’est ce qu’on appelle « essayer » un sujet de pièce ou de roman. Le monsieur qui s’intéresse tant à notre labeur devient un individu d’essai, un cobaye improvisé.

Pour un travailleur paresseux, qui lâche une besogne aussitôt que l’effort devient pénible, il est très utile de rencontrer de petits encouragements pour se remettre à l’ouvrage. Alors, on revoit avec plaisir une amorce de nouvelle, quelques scènes de comédie laissées en plan. Et l’ouvrage abandonné retrouve le charme d’un travail frais…

C’est comme une façon de collaborer avec soi-même ; on examine son propre travail avec des regards nouveaux.

Et c’est peut-être dans ce sens qu’il faut entendre le vieux précepte, et remettre son ouvrage vingt fois sur le métier, mais chaque fois avec six mois d’intervalle, en prenant de longues et fréquentes récréations.

Quel pédagogue pour grands enfants nous donnera jamais une bonne méthode et une bonne hygiène de travail !


Parmi mes sujets de pièce inachevés, il en est un que je reprends constamment avec une nouvelle, mais un peu courte ardeur. C’est le scénario d’une féerie en cinq actes et sept tableaux, intitulée : Les Deux filles du Roi Gaston. Il y a environ huit ans que Claude Terrasse attend le livret de cette pièce. Chaque fois que nous nous rencontrons, nous en parlons avec passion. Je lui remets trois vers d’un couplet. Puis Claude Terrasse me propose un écarté ou une partie de billard.

Nous savons que nous ferons ensemble maintes autres pièces avant de terminer Les Deux filles du Roi Gaston. C’est une œuvre qui nous plaît trop…


Je ne veux pas vous la raconter ; on n’aurait qu’à me prendre le sujet et à en faire une féerie pour un pays lointain. Mais rien ne s’oppose à ce que je vous dise ce qui se passe au deuxième tableau, au moment où le Prince libérateur est en marche vers le Château Enchanté, dans lequel est détenue, au milieu d’une forêt affreuse, la pauvre princesse captive.