Au lever du rideau, la scène est obscure. Elle s’éclaire peu à peu et, pendant que résonne une musique horrifique, coupée d’ululements d’oiseaux et de grincements de bise, on aperçoit, au pied de rochers effroyables, un monstre en faction. Ce dragon entr’ouvre des ailes hideuses, et laisse voir la vague ressemblance d’un visage humain… Un autre dragon arrive, lentement, du premier plan gauche.
Premier dragon. — Qui va là ?
Deuxième dragon. — Je viens pour la relève…
Premier dragon. — Comment c’est-il que le brigadier ne vous a pas accompagné ?
Deuxième dragon. — Il est resté là-bas, dans le bas, à cause que la montée est dure pour lui. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il a des pattes de caïman.
Premier dragon. — Comment c’est-il que je ne vous aie pas reconnu ?
Deuxième dragon. — Parce que vous ne me connaissez pas. Je suis arrivé de ce matin de la forêt de Merlin. J’ai permuté avec un dragon d’ici. Vous savez bien : Fafner Jean-Baptiste…
Premier dragon. — Le service est dur dans la forêt de Merlin ?
Deuxième dragon. — Comme ci comme ça.
Premier dragon. — Il n’y a pas de princesse captive ?