Je pense qu’il y a quarante ans, quand ce titre a été choisi, il a été discuté par toute la famille, puis que l’on a fait venir un peintre, à qui l’on a dit : « Vous allez me peindre une enseigne, avec ces mots : Au bouquet de lilas. »
Quand cette enseigne a été placée, on est venu la regarder. Des voisins se sont approchés et ont donné leur avis, généralement favorable.
Et le patron, encaissant leur suffrage, a dit à sa famille : « Untel est venu voir l’enseigne. Il la trouve très bien. »
Comœdia citait, l’autre jour, des enseignes très plaisantes. J’en ai rencontré souvent d’inexplicables.
Par quelle outrecuidance étonnante cette petite laiterie de deux mètres de façade, s’intitule-t-elle : Laiterie continentale ?
A Ostende, il y avait, jadis, un superbe magasin de chaussures qui doit exister encore. On y voyait, à la devanture, des chaussures d’un luxe inouï, en cuir de Russie vert, avec des ornements d’or et des boucles en vrais brillants. L’enseigne portait ces mots : Au Pauvre Diable.
Rien n’est si difficile que la recherche d’un titre. J’ai fait bien souvent des pièces dont le titre n’est venu qu’après. Les meilleurs titres que j’ai trouvés, c’est pour les pièces qui n’ont jamais été faites.
Mon bagage dramatique, déjà considérable, s’accrut de trois pièces jamais écrites : Le Second dans Rome, Les Deux Cloches, Les Vertus à la mode… On les a annoncées plusieurs fois. Et c’est de celles-là que je parle, quand on me demande ce que j’ai sur le chantier.
Un auteur devrait toujours choisir un titre à sa pièce avant de la porter au directeur. Il s’éviterait ainsi de pénibles recherches, au moment où le directeur lui dit : « Eh bien, nous passons dans huit jours, et il me faut votre titre pour combiner une affiche. »