Il était déjà bien informé. Le sergent de ville, en effet, n’était pas distribué. Mais le sergent de ville avait trois scènes assez importantes, plus de cent lignes de texte. Comment confier ce rôle à Bilu ?
Il me regardait avec ses yeux de martyr. Il était odieux et tyrannique. Il n’y avait qu’à le tuer, ou à subir sa volonté.
… Après tout, si on l’essayait dans le sergent de ville ?
Le directeur me dit :
— Essayons.
Il fut, à la répétition, d’une gaucherie inconcevable. Il était ridicule, grotesque…, comique peut-être, après tout… Nous finîmes par nous persuader qu’il était très amusant, un peu troublés pourtant, parce qu’il ne jouait pas deux jours de la même façon, et ne se souvenait jamais de la mise en scène établie. Et puis l’on comprenait à peine ce qu’il disait…
J’avais tellement peur, cependant, que le directeur ne me proposât de retirer le rôle à Bilu, que je me récriais d’admiration à chaque instant.
— Je veux bien, finit par me dire le patron… La seule chose qui m’inquiète, c’est que Z… (l’acteur éminent chargé du rôle principal), c’est que Z… déclare à qui veut l’entendre que votre homme est excellent… Vous vous rappelez qu’à la lecture, le rôle du sergent de ville avait mis Z… de mauvaise humeur. Il le trouvait trop à effet, et craignait de le voir confié à un artiste d’attaque. Votre Bilu le rassure. C’est très inquiétant…
Je passai une assez mauvaise soirée. Qu’est-ce qu’il allait advenir de ma pièce ? Le lendemain, à la répétition, nouvel ennui.
On devait commencer par le deux, à une heure pour le quart. A trois heures, Z… n’était pas là. Il était toujours fort exact. On envoya chez lui, et on apprit qu’il était alité, avec une vilaine angine. L’avis du docteur fut formel : il ne pourrait certainement pas jouer avant un mois.