« Trois ou quatre répétitions encore se passèrent, en présence du patron, dont la confiance en la pièce, d’abord sincère, puis résolue, puis un peu factice, puis hésitante, s’écroula brusquement, en vertu d’une loi fatale. Quoique débutant, j’étais déjà un peu fait à ces changements. Et puis je ne pensais toujours qu’au silence désapprobateur de M. Fillette…
« Et voilà qu’une après-midi, à l’improviste, comme on parlait de toute autre chose, le souffleur me dit, en me montrant mon manuscrit : « Vous, Monsieur, par exemple, qui avez écrit cette si jolie pièce… »
« Du coup, l’opinion de M. Fillette cessa d’avoir la moindre importance… Alors, quoi ? s’il s’était tu jusque-là, c’était par hasard, par distraction ? Il ne pensait pas de mal de ma pièce… Je l’en estimai un peu, mais il n’était plus intéressant…
« Et voilà comment M. Fillette redevint un personnage peu considérable, pour être sorti bêtement du mystère et du silence. »
CHAPITRE XXII
BOUCHE-TROUS
Je ne sais pas qui résoudra la fameuse question des billets de faveur.
Quand une pièce fait beaucoup d’argent, la question est très simplifiée : on ne donne pas de billets.
Malheureusement, toutes les pièces ne font pas beaucoup d’argent. Il y en a pas mal qui ont besoin d’être soutenues. Si les trois premiers soirs, il se trouve, dans la salle, une vingtaine de places vides, toute la bonne impression du public sera gâtée.
Les gens ne se sont pas amusés comme ils auraient dû. Ils n’ont pas eu, pour se plaire au spectacle, la confiance nécessaire… Ils ne riaient pas d’aussi bon cœur — parce qu’ils pensaient aux places vides… Le nombre des présents ne les a pas rassurés.
Quand une salle refuse du monde, on peut toujours se dire que tout Paris s’y est rué. Mais s’il reste des fauteuils libres, on pense que le nombre des présents représente exactement toutes les personnes que le spectacle a attirées. Or, qu’est-ce que ce nombre infime, cinq à six cents, comparé à celui de la foule des absents ?