Je me rappelle un auteur qui, un soir où ça n’allait pas, considérait les taches rouges, vilaines, des fauteuils vides, les trous béants et sombres des baignoires inoccupées, et murmurait avec tristesse : « C’est effrayant, le nombre de gens qui ne sont pas venus ici ce soir ! »
Les directeurs, pour boucher les vides, sont bien forcés de donner des billets. Mais, en donnant des billets, ils abîment la clientèle, ils habituent les gens à ne pas payer.
On a essayé plusieurs procédés pour remplir les salles sans user de ce moyen dangereux : le billet de faveur.
Il n’y a pas que les directeurs de Paris qui se soient préoccupés de cette question. A Londres, où, quoi qu’en disent les légendes, il y a souvent des théâtres qui ne font pas d’argent, on a mis en usage différents trucs pour que la salle paraisse toujours à peu près pleine.
Il y a, entre le parterre (pit) et les fauteuils, une barrière mobile, que l’on avance vers la scène pour agrandir le parterre, quand on pense que les petites places doivent donner, et que les gens payants, par contre, seront rares.
Au Garrick, le théâtre de M. Arthur Bourchier, les intervalles entre les rangs de l’orchestre se resserraient le samedi, le jour de la forte recette, c’est-à-dire que l’on mettait douze rangs le samedi soir, et sept à huit rangs pendant les jours « creux ».
Un directeur faisait bâtir un théâtre nouveau… Chacun censurait son ouvrage. On lui reprochait d’avoir fait une salle trop petite. Il répondit, comme le sage : « Plût au ciel que, de bons spectateurs payants, telle qu’elle est, chaque soir, elle fût pleine ! »
Ce directeur, cependant, avait peut-être tort de réduire ainsi son maximum. Il restreignait d’avance les gros avantages du succès. Le problème, pour un architecte habile, serait de combiner une salle, petite d’apparence, et qui contînt beaucoup de monde, une salle où les vides se verraient le moins possible. Voilà le concours que l’on devrait proposer aux architectes de théâtres.