« La salle élastique »… Si des architectes me lisent, qu’ils étudient la question à ce point de vue, très pratique. Après, ils se préoccuperont de dessiner des escaliers harmonieux ou de décorer joliment les fumoirs.


A ce propos, il me revient en mémoire une anecdote sinistre — mettons fâcheuse, simplement… J’étais allé, dans une ville de l’Ouest, voir jouer une pièce de moi, que l’on promenait à travers la France. La tournée avait commencé, deux jours auparavant, au Havre. « Gros succès », m’avait télégraphié l’impresario. L’effet, à Alençon, avait été moindre, mais encore énorme, disait la deuxième dépêche, vu assistance restreinte. (Ces trois derniers mots n’étaient pas nécessaires à mon bonheur.)

Je pris le train par une vilaine matinée de février. Quand j’arrivai dans la ville, il tombait de la neige fondue. Je ne vis dans les rues que de rares passants, qui n’avaient pas l’air d’avoir formé le projet de passer leur soirée au théâtre. J’imaginais que tous ces braves habitants s’installeraient, après leur dîner, au coin d’un feu clair, les pieds dans de bons chaussons, et goûteraient les joies tranquilles de la lecture…


D’ailleurs, un jeune homme à qui je demandai le chemin du théâtre, ne put même pas me fournir une indication.

Pourtant, le théâtre de cette ville est très beau et devrait être connu, au moins extérieurement, de toute la population. Une vieille dame me donna des renseignements erronés ; un officier me remit dans la bonne voie… J’arrivai enfin devant le monument. Je pénétrai dans le vestibule et je vis sur un guichet ces mots : « Bureau de location ».

La préposée travaillait avec application à un ouvrage de tricot. Et je pensai que cet ouvrage serait fini bientôt, car elle y travaillait sans aucune interruption.

Je n’osai pas lui demander si elle avait des places retenues… Soudain l’impresario apparut, m’expliqua que la location ne pourrait pas marcher très fort, parce qu’on avait joué, dans la même semaine : Quo Vadis et Cyrano

Nous allâmes dîner ensemble au restaurant. Après le dîner, les gens qui étaient là, au lieu de prendre le chemin du théâtre, commencèrent d’absurdes parties de cartes ou de jacquet.