Oh ! l’attrait d’une citronnade glacée ! Ces mots, à certaines époques de l’année, sont les plus exquis du monde !

J’étais installé au café et le garçon venait de m’apporter la tasse de camomille très chaude que je m’étais décidé à commander, quand j’aperçus un monsieur rasé qui lisait son journal. Je connaissais ce fin visage, un peu fatigué…

Je n’avais pas revu Arthur depuis tous ses ennuis. Je l’abordai donc avec une figure de composition qui n’exprimait ni une joie insolente, ni une blessante compassion : une figure qui ne disait rien et attendait les événements.

— Eh bien ! oui, me voilà ! me dit Arthur. Crois-tu !

Je me crus autorisé à répondre, d’un hochement de tête, que je croyais…

— Je suis de nouveau, me dit-il, dans la tournée Rigadel.

— Eh bien ! tant mieux ! mon vieux ! Je suis content que tu aies autre chose en tête…

— Ce n’est pas ce que tu crois. Je tourne avec Rigadel, mais cette fois je suis son pensionnaire. Je joue la comédie…

« … Oui, poursuivit Arthur, Rigadel a été très chic. Il a vu que j’étais un peu frappé, et passablement fauché. Il s’est souvenu que j’avais été, dans mes beaux jours, un compagnon agréable. Oui, nous soupions souvent ensemble après le spectacle… Ça faisait partie de mes petits frais accessoires. Alors, comme je suis bien vêtu, il me donne des pannes d’homme du monde dans les deux pièces qu’il promène. Ainsi, je puis passer mon été à voyager, comme jadis. Je ne dépense rien, je me promène l’après-midi, et je suis à peu près libre de mes soirées, car mes rôles ne sont pas très absorbants.

« … Et je dois dire, ajouta Arthur avec un petit « dash » d’amertume dans la voix, que, sans avoir beaucoup, beaucoup de talent, j’en ai tout de même un peu plus qu’elle, celle qui, indirectement, m’a fait faire ce métier, la blonde, câline, mais un peu fantasque Maud de Chicago…