« … Il n’avait jamais été acteur de sa vie.

« Il était tout simplement voyageur en eaux minérales.

« Il avait trouvé cette ingénieuse combinaison pour se faire payer ses frais et son chemin de fer par Rigadel, pendant qu’il était encore défrayé d’un autre côté par sa maison d’eaux gazeuses.

« De plus, le bougre faisait, paraît-il, de très belles affaires, car il gorgeait de billets de faveur toute sa clientèle. »

CHAPITRE XXVIII
BRISK ET SON FILS

Je ne sais si l’histoire qu’on va lire a déjà été racontée. Ce que je puis dire, c’est que je la connais depuis avant-hier soir. Elle me fut dite par un brave lutteur, qui venait d’être éliminé, un quart d’heure auparavant, d’un championnat de lutte, et qui s’en consolait en buvant, et en rapportant diverses anecdotes qui ne le concernaient pas lui-même.

Brisk et son fils passaient en bonne place aux Folies-Bergère : le dernier numéro avant le ballet, Harry Brisk était un homme d’une quarantaine d’années environ, son fils Percy avait quatorze ans. C’était un petit blond assez mince, gentiment coiffé, au sourire aimable.

Harry Brisk se couchait sur le dos, levait les jambes en l’air, et jonglait doucement avec Percy, qui semblait inerte comme un paquet. D’autres fois, Percy Brisk se tenait debout sur l’épaule droite de son père, et sautait sur l’épaule gauche. Au rappel, le père revenait sur la scène, en portant sur sa tête la tête suivie du corps renversé de Percy, de sorte que le corps du père semblait le reflet allongé de celui du fils.


Brisk avait fait la connaissance de son fils trois ans auparavant. Il l’avait choisi entre plusieurs boys, à lui présentés par un manager de Londres, qui s’occupait ainsi de fournir des enfants aux pères jongleurs. Le jeune Percy était déjà assoupli par un peu de gymnastique, de sorte qu’il fut très vite dressé par son père.