… Croiriez-vous, et c’est la pure vérité, que depuis trente ans, je n’ai pas eu, à Paris, une seule soirée à moi !… On n’a fait des relâches que pour répéter… Le vendredi saint, on affiche un drame sacré et je n’y coupe pas d’un apôtre !
… Tout de même, non, ça ne peut pas durer ! Un de ces jours je vais aller trouver le patron… Tiens ! je vais y aller tout de suite, je n’ai pas grand’chose à faire — pour changer — dans la pièce que nous jouons je vais lui demander qu’il me remplace un soir, un seul soir. Croyez-vous qu’il me refuse ça ?
— Non, Boideziles. Allez-y. Il ne vous refusera pas…
Boideziles entra chez le directeur. Je pensais bien en effet que son désir serait exaucé. Et je voyais ce martyr véritable bénéficier d’un soir de tranquillité, au coin de son feu, en pantoufles…
… Hé bien, il a marché ! s’écria triomphalement Boideziles, en sortant du cabinet redoutable. Je suis libre demain soir…
… Dites donc, continua-t-il, tâchez donc de m’avoir des billets pour quelque part. Pensez donc ! Ma première soirée depuis trente ans ! Je voudrais bien aller au théâtre…
CHAPITRE XXXII
AU CAFÉ DU THÉATRE
A Paris, il n’y a pas qu’un seul « Café du Théâtre ». Il y en a des quantités… Ce ne sont pas de vrais cafés du théâtre.
Il y a certains cafés fréquentés plus spécialement par des comédiens. Mais, la plupart du temps, l’établissement qui s’intitule Café du théâtre, et où retentit la sonnette de l’entr’acte, ce petit café, pareil à d’autres petits cafés, ne recrute pas ses clients parmi les amateurs de théâtre.
Il ne mérite vraiment son nom que les jours de répétition générale. Et, ce jour-là, il offre un aspect assez intéressant.