Bien entendu, il n’était pas question d’aller là comme au théâtre. Il fallait prendre cette proposition pour ce qu’elle était : une audacieuse idée de bamboche et de fête… La pièce représentée, les Panasseur l’avaient vue à Paris, vous pensez. Mais il serait piquant de voir l’interprétation. « Ça va être joli ! » dit Mme Panasseur.

Ils allaient là comme des archiducs en gaieté. Ils se mirent en route à pied, oui, à pied : ils étaient en plein dans la folie ! M. Rodron avait été jusqu’à proposer de prendre le tramway, mais on avait jugé tout de même que cela dépassait les bornes.

Chemin faisant, ils se demandaient ce que devaient toucher, par jour, les acteurs de ce tout petit casino… Cinq francs peut-être… M. Panasseur souhaita que ce ne fût que trois francs. Il avait cette idée, d’ailleurs assez juste, que les acteurs payés cher devaient être bons. Mais il était forcé d’admettre, conformément à ses idées de commerçant en articles de luxe — qu’inversement les acteurs payés trop bon marché devaient être mauvais.

Dès l’entrée du théâtre, le prix des places les amusa au delà de toute expression. Pour douze francs, on leur donna toute une avant-scène ! « Ça ne vaut pas la peine de s’en priver », dit judicieusement M. Rodron.


Au théâtre, M. Panasseur, installé dans sa loge, éprouva une certaine gêne en se disant qu’il se commettait dans une salle indigne de lui et qu’il donnait une consécration à une manifestation dramatique de bas étage.

Il regarda le public. C’était un bon public en casquettes de plage. On voyait beaucoup de ces chemises de flanelle à cordelière, si chères aux traditionalistes français.

Le rideau se leva sur un petit décor d’intérieur fort convenable où ne put encore s’exercer la moquerie des châtelains…

La pièce commença. Les mots portaient. Le public rendait bien. Quand le jeune premier comique fit son entrée, il fut salué d’un murmure sympathique. On l’aimait ; on riait avec bonheur à tous ses gestes.