M. Panasseur et ses amis se sentaient en minorité très infime pour critiquer, même au dedans d’eux-mêmes. D’ailleurs, ils subissaient facilement et volontiers l’influence des majorités.
M. Rodron hasarda :
— Il n’est pas mal, ce garçon-là.
D’abord, M. Panasseur ne répondit rien. Il ne pouvait ainsi, d’emblée, accorder son suffrage à un inconnu.
Ce ne fut qu’à la deuxième réflexion de M. Rodron : « Il est assez amusant » qu’il hocha la tête avec indulgence.
Au fond, il était un peu vexé. Quand on a beaucoup travaillé soi-même pour arriver à une position, on tolère difficilement que, dans n’importe quel ordre d’idées, quelqu’un puisse se placer tout de suite, sans stage, à un rang avantageux. Il semblait à M. Panasseur que c’était diminuer d’une façon générale le mérite des situations acquises que de penser qu’on pût les acquérir aussi vite.
Pourtant, après le premier acte, il éprouva un sentiment d’un autre ordre : il était anormal que lui, M. Panasseur, parût ainsi emboîter le pas à M. Rodron qui, positivement, semblait découvrir ce jeune acteur. Aussi dépassa-t-il, dans un « rush » vigoureux, son compagnon. Et quand M. Rodron, presque emballé, se risqua à dire : « Mais c’est un excellent comédien ! » il trouva en face de lui M. Panasseur qui le regardait entre les deux yeux et lui disait impérieusement :
— C’est un garçon extraordinaire. Vous ne vous rendez pas compte de ses qualités.
— Mais je vous assure…, dit M. Rodron.
— Vous verrez ce qu’il fera par la suite et vous m’en direz des nouvelles…