Avant la glace pralinée, devant laquelle ne se produisit aucune défection, après le fromage beaucoup moins couru, on passa de très beaux fruits, ce qui donna aux convives bien élevés l’occasion de prouver leur savante éducation, en pelant avec un couteau de vermeil la poire duchesse adroitement piquée par la fourchette, et ce qui détermina l’abstention de Catherine, peu experte à cet exercice compliqué.
On se rendit au salon, où la femme de chambre avait disposé le café et les liqueurs. La jeune Olga apportait les tasses à chaque convive, selon un ordre protocolaire déterminé. Elle était suivie par M. Planchet, qui tenait le sucrier… Déjà plusieurs personnes avaient reçu leur ration, quand M. Planchet vit la femme de chambre rentrer dans la pièce et s’approcher du maître de la maison à qui elle murmura quelques paroles…
— Mon chauffeur est revenu, dit triomphalement le patron.
Plusieurs voix s’élevèrent…
— Appelez-le… Nous voulons le voir… Il faut qu’il nous raconte son aventure !…
Ils étaient ravis de se trouver en présence d’un personnage de faits-divers. Ils ne connaissaient pas tout leur bonheur : une vedette, deux vedettes, encore plus intéressantes, étaient déjà dans leurs murs.
Que se passait-il à ce moment dans l’âme de M. Planchet ? Probablement rien. De pareils coups de massue vous vident instantanément le cerveau et paralysent tout l’appareil moteur.
C’est là le secret de bien des attitudes héroïques.
Célestin, dès qu’il eut aperçu son assassin, un sucrier à la main, au milieu de la pièce, fut immobilisé de la même façon. A la grande surprise des assistants, il y eut en présence deux personnages de cire du Musée Grévin, parfaitement imités d’ailleurs. Quant à Catherine, elle n’avait pas bougé non plus, mais personne, même elle, ne savait ce qu’elle était devenue.
Ce ne fut qu’au bout d’un instant qu’un des hommes de cire revint à la vie. Célestin eut la force de tendre son bras dans la direction de Planchet et de balbutier :