— C’est lui…

On ne comprit pas immédiatement ; mais, lorsqu’on eut compris, ce fut un beau tapage… Les femmes poussèrent des cris stridents. Trois brownings, un revolver d’artilleur et un trousseau de clefs se braquèrent dans la direction de M. Planchet. Cet être, à moitié anesthésié, possédait encore heureusement de bons réflexes qui lui firent accomplir, presque à son insu, l’élévation rituelle des bras.

Le commissaire de police, l’affaire ayant envahi son territoire, prit la direction des opérations.

— Montez dans sa chambre, dit-il à Célestin, et rapportez-moi tout ce que vous y trouverez… S’il y a des engins qui vous paraissent dangereux, ne les touchez pas. On préviendra les pompiers de Belfort.

Cependant, le maître de la maison, dans un discours si confus et si désordonné qu’il semblait proféré par un enfant de quatre ans, tâchait de raconter comment ce domestique s’était présenté, sans papiers et sans bagages, en compagnie d’une institutrice…

— Au fait, où est-elle, cette institutrice ?

On reconnut Catherine, blottie contre le bois sacré du piano. On la dirigea avec l’index d’un revolver, dans le coin où M. Planchet était gardé à vue.

Cependant, Célestin était revenu avec les habits de Planchet. Le commissaire, séance tenante, procéda à l’inventaire. Il retira d’une poche de pantalon un mouchoir propre, mais froissé, un trousseau de clefs, probablement de fausses clefs, et une feuille de vraie salade dont personne ne s’expliqua la destination. Il n’y avait rien dans les poches du gilet. Dans la poche intérieure gauche de la jaquette, une carte d’entrée pour le casino de Bront-les-Eaux…

Dans l’autre poche, enfin, une lettre non décachetée…

— Une lettre non décachetée ? fit le commissaire.