— Une lettre non décachetée ? fit M. Planchet qui ne soupçonnait pas l’existence de ce pli, inséré par sa concierge, pendant son sommeil, dans une poche qu’il n’utilisait jamais.
— Voulez-vous me permettre de la lire ? dit-il au commissaire.
— Elle est à vous. Décachetez-la, mais vous me la rendrez ensuite.
Planchet ouvrit la lettre. Il commença par lire l’entête : Étude de Me Girardinon, notaire à Paris.
On le vit poursuivre sa lecture, avec des yeux agrandis et un souffle de plus en plus oppressé… Il tendit la lettre au commissaire qui en fit la lecture à demi-voix.
— On vous annonce que votre oncle de Montevideo est décédé et que vous héritez de deux millions de piastres.
M. Planchet, soudain très exalté, raconta d’affilée, mais dans un ordre un peu bousculé, son voyage à Bront, la perte à la boule, le soporifique, le refuge dans le garage, le départ inconscient sous les couvertures…
— C’est un conte à dormir debout, dit le commissaire en prenant à témoin un des convives, M. Tholozène, professeur de philosophie à la Faculté de Besançon.
Heureusement, M. Tholozène n’était pas un esprit terre à terre et banal…
— Il y a bien des cas, dit-il, où je crois plus à l’incroyable qu’au croyable, pour la simple raison que le croyable se fabrique plus aisément.