L’Auteur. — Excusez-moi, je suis en pleine répétition.
Édouard Audoir. — J’attendrai, maître, j’attendrai.
L’Auteur, revenu à l’avant-scène, aux artistes, d’une voix un peu étranglée. — Alors reprenons. (A Omer.) Joue la scène comme tu la sens.
Omer. — Ah ! maintenant, je ne la sens plus du tout. (Sans s’adresser à l’auteur.) C’est vrai qu’on a besoin de tout son sang-froid. C’est tout de même nous qui paraissons en scène et qui payons de notre personne. On devrait bien ne pas nous troubler quelques heures avant la générale.
L’Auteur, avec un grand effort de bonhomie. — Allons, allons, que tout soit oublié, reprenons.
Omer et sa partenaire reprennent la scène, d’abord avec une fatigue volontaire ; peu à peu, ils se laissent gagner par le jeu et ils recommencent à « en mettre ». Tout a l’air de s’arranger quand le directeur revient brusquement à l’avant-scène.
Le Directeur, vif. — Tout ça n’est pas du travail. Nous perdons notre temps. (Autoritaire.) On ne répétera plus. La pièce passera demain telle qu’elle est.
L’Auteur. — Il faut pourtant revoir cette scène qui n’est pas sue.
Le Directeur. — J’ai dit qu’on ne répétait plus.
L’Auteur, sentant la nécessité d’un sacrifice humain. — Je m’en vais. Travaillez tout seul. On ne me reprochera plus de gêner le travail. (Il va dans le fond et tombe sur Édouard Audoir qu’il ne reconnaît pas.)