Si l’auteur est navré et humilié, c’est à cause de ses amis qui croyaient, s’imagine-t-il, que son œuvre était partie pour une longue carrière. Il a tort de s’en faire sur ce point. Depuis la générale, les amis ont une idée bien arrêtée, et leur seule surprise est que la pièce ait pu aller jusque-là.

Édouard Audoir, rédacteur à l’“Espoir”

C’est la veille de la générale, on répète le deux dans le décor du un. Omer, le grand premier rôle, est agité. Sur une observation de l’auteur, il s’asseoit et boude.

Le Directeur. — Omer, allons ! pas de nervosité…

Omer. — On s’énerverait à moins. Voilà trois semaines que nous répétons la scène dans un sentiment qu’on n’a pas changé. La veille de la répétition, il faut tout chambarder.

L’Auteur. — Il ne s’agit pas de tout chambarder ; c’est une nuance que j’indique. C’est trois fois rien…

Le Directeur. — Alors si ce n’est rien, laissez-le tranquille.

L’Auteur, se montant. — J’ai le droit de parler ici autant et plus que n’importe qui.

Le Directeur. — Eh bien ! parlez, mon vieux, parlez tant qu’il vous plaira ! Il quitte le devant de la scène et va s’entretenir avec l’administrateur qui est au fond du plateau. Il affecte une grande indifférence. L’auteur s’en va d’un autre côté. Il voit tout à coup devant lui un gros petit jeune homme blond.

Édouard Audoir. — Maître, je suis M. Édouard Audoir, rédacteur à l’Espoir. M. Carbignac, notre directeur, tient particulièrement à vous être agréable et m’a recommandé de vous faire un long article d’avant-première.