Mado Madolon avait joué plusieurs rôles de commère au music-hall. Cet emploi exige surtout de la beauté, aujourd’hui que les commérages de la commère sont réduits à leur plus simple expression. Il s’agit surtout, au moment où défilent les pierres précieuses ou les fourrures, de lancer au public des indications succinctes, d’une voix nette, sans passion.

Pomonard était la fille d’une femme de ménage, qui l’avait amenée avec elle un jour qu’elle travaillait en extra chez M. Cru. M. Cru avait reconnu tout de suite chez cette petite des dons sérieux pour le théâtre. Il l’avait fait engager par un de ses commandités, à d’honorables appointements qu’il avait élevés, sur sa propre cassette, à un chiffre moins honorable.

Pendant les représentations, Cru et Bouzin, qui connaissaient suffisamment la pièce, attendaient la fin du spectacle dans le hall du casino.

— De gentilles petites, dit Bouzin.

— Oui, dit Philippe, elles ont pour nous de la gratitude, et savent ne pas trop nous la montrer.

— Croyez-vous qu’elles nous voient aussi âgés que nous sommes ?

— J’en ai peur, dit M. Cru.

Un silence…

— Sommes-nous si vieux que cela ? dit M. Bouzin.

— Ça dépend de l’emploi qu’on nous donne. Pour figurer dans des conseils d’administration, nous avons l’âge qu’il faut, la « bouteille » nécessaire, une vigueur d’esprit encore appréciable. Mais pour d’autres ébats…