Il met un pince-nez pour suivre attentivement la répétition, darde un regard perçant sur les protagonistes, mais n’écoute pas un mot de ce qu’ils disent et se demande anxieusement quel prétexte de thérapeutique il va trouver pour s’en aller à quatre heures…
Non pas qu’il se désintéresse du sort de la pièce que l’on répète. Mais il sait qu’il y a encore trois semaines de répétitions, c’est-à-dire une éternité.
Il se lève et dit au directeur à voix basse :
« Je vous quitterai dans une heure, j’ai un rendez-vous chez mon notaire… » Le directeur lui fait un signe d’acquiescement qui ne veut rien dire, et attirant son attention sur la scène que l’on répète : « Regardez-moi ça. Il y a un trou… Il ne peut pas lui dire ce qu’il lui raconte, s’il n’est rassuré sur le sort de l’enfant. »
L’auteur réfléchit sans penser à rien, puis déclare : « Vous avez raison. J’arrangerai ça.
« — Il faudrait l’arranger tout de suite, dit le despotique directeur. Autrement, ils ne l’apprendront pas…
« — Je ne peux pas improviser un texte. Ce n’est pas du travail sérieux… »
Sur l’ordre du directeur, on installe l’écrivain dans le bureau de la régie.
« Tâchez de me donner une plume qui marche », dit-il avec autorité au régisseur. Il sait que toutes les plumes du théâtre sont rétives. Mais ce jour-là, c’est un fait exprès, on lui donne une plume excellente.
« Surtout qu’on ne me dérange pas ! »