L’ami de la maison a quelquefois, très rarement, une maîtresse dans la maison. Mais il faut pour cela que le directeur en ait une aussi. Alors, il semble que ce soit pour faire comme le patron, et ne pas le désobliger par l’exemple d’une vertu intempestive.

Madame la couturière

Elle apparaît un jour ou deux avant la répétition des couturières. La première fois, elle est suivie de deux employées qui portent d’énormes cartons remplis de robes encore incomplètes, ou bien de robes achevées, qui soulèvent le plus souvent une désapprobation générale. Mais madame la couturière ne s’émeut pas et rapporte le lendemain, miraculeusement, des toilettes toutes différentes.

L’auteur est toujours consulté, bien entendu… Il pense à sa pièce et regarde sans voir. Il dit d’abord que c’est très bien, puis, si l’on dit le contraire, il déclare que la robe est impossible.

… Pendant les deux dernières répétitions qui précédèrent la répétition des couturières, j’avais rencontré plusieurs fois, dans les coulisses et les couloirs, la forte dame extrêmement distinguée à qui incombait le soin d’habiller ma principale interprète. Le jour où l’on répéta la pièce d’affilée, devant une vingtaine de personnes qui, pour la plupart, avaient de petits rôles et des loisirs pour écouter leurs camarades, la dame était derrière moi, à deux ou trois rangs de distance. On avait ri dans les parages où elle se trouvait. J’espérais que c’était elle, mais c’était peut-être deux petits acteurs complaisants qui avaient ri à la lecture et riaient encore par tradition chaque fois qu’ils entendaient les mêmes répliques.

Au premier entr’acte, au deuxième et à la fin de la pièce, la dame ne m’avait rien dit, et pourtant je m’étais arrangé pour passer tout près d’elle ; on ne nous avait pas encore présentés ; mais j’espérais qu’un élan d’enthousiasme allait la précipiter dans ma direction.

Il me sembla, à cause de son silence, que cette dame avait un goût sévère et qu’elle ne se laissait prendre ni aux plaisanteries des passages gais, ni à l’émotion des scènes tristes. Et cette émotion me parut pour la première fois un peu chiquée… Toute la pièce, décidément, était factice et puérile… Il fallait d’autre pâture intellectuelle à cette personne sérieuse, directrice d’une grande maison parisienne.

Le soir de la générale, j’écoutai courageusement la pièce dans la salle et je supportai comme un stoïcien une déception sans cesse grandissante. Le premier acte avait passé. Le deuxième acte fut plus pénible. Et il me sembla que le troisième eût été parfait si on l’eût placé après les deux premiers actes d’une tout autre pièce.

J’étais à mon poste à tous les baisser de rideau pour attendre les amis. Mais un vent de plus en plus âpre dépeuplait, d’entr’acte en entr’acte, le morne plateau.

A la fin de la pièce, trois héros vinrent me serrer la main…