Si l’auteur, loin du directeur, coince dans un couloir l’ami de la maison, il faut qu’il s’y prenne avec adresse pour obtenir de lui un avis indépendant.
— Franchement, la scène du trois vous a-t-elle choqué ?
L’auteur est un être ingénu qui s’imagine encore qu’avec ce simple adverbe : franchement, il va faire naître de la franchise…
— Le patron veut que je coupe cette scène ? Ne trouvez-vous pas que cela enlèverait tout intérêt à la scène finale ?
Ces trois mots imprudents : « Le patron veut… » permettent à l’ami de la maison de prendre position.
— S’il vous dit de la couper, vous savez, n’hésitez pas !
L’important, pour l’ami de la maison, est de rester solide dans la maison.
Ajoutons, pour achever de le décrire, qu’il est célibataire d’aspect. Mais il n’est pas rare, le soir de la générale, de le voir au troisième rang d’orchestre, à ses places attitrées, à côté d’une dame encore jeune, assez forte, la plupart du temps, et qui montre sans voile des épaules charnues, visiblement conjugales.
Elle apparaîtra sur le plateau, à la fin du spectacle, au moment des compliments enthousiastes ou dévoués. Elle sera du souper intime, offert par le directeur et sa femme.
L’ami de la maison s’est promené dans les couloirs, et a recueilli les opinions défavorables à la pièce. Mais il ne les rapportera que lorsque la soirée a été indécise, et pour faire croire à la cabale, la bienheureuse cabale qui sauve l’amour-propre des auteurs.