Je mesurai en cette circonstance la limite de mon autorité. Le lendemain, le meuble était encore à sa place. Il semblait qu’il fût vissé au plancher.
J’élevai une voix où je m’efforçai de mettre le plus de courroux possible ; mais elle restait moins menaçante que plaintive… M. Aurélius regarda le patron, qui ne dit mot.
Seulement, le lendemain, quand le décor fut posé, on s’aperçut que le lit de repos empêchait simplement trois portes de s’ouvrir. M. Aurélius dut faire enlever le meuble, perdant l’occasion de trouver dans la foule éventuelle des spectateurs un acheteur pour ce vaste laissé-pour-compte.
Il subsista entre le tapissier et moi un léger froid. Ma victoire, trop aidée par des événements extérieurs, ne me donna aucune satisfaction morale. Quant au tapissier, il sentait qu’il avait altéré sans compensation l’image d’esthète désintéressé qu’il avait voulu me fournir de lui-même.
Le jeune directeur
Le jeune directeur peut être, en certains cas, âgé de soixante-cinq ans. Mais, le plus souvent, il est jeune. C’est un monsieur qui a voulu avoir son théâtre. Il l’a maintenant, et il est installé dans un cabinet, dont la porte s’orne de cette inscription, fraîchement repeinte : Direction.
Il est encore extrêmement poli avec les auteurs en vue. C’est avec déférence qu’il leur demande des manuscrits. Mais aussitôt que l’un d’eux lui apporte un gros cahier de papier à couverture orange, il devient subitement méfiant… Il se dit que certainement cette pièce a été refusée par des directeurs plus vieux.
Et, cependant, l’auteur a bien pris soin de se procurer une copie toute neuve.
Le directeur reçoit la pièce, jugeant à la réflexion qu’il est avantageux pour son théâtre de débuter avec un nom d’auteur connu.
Il a commencé par déclarer qu’aucune distribution ne serait trop brillante ou trop coûteuse… Malheureusement, les vedettes convoitées ne sont pas libres. De l’étoile à mille francs par jour, on glisse mollement à de pâles nébuleuses, ou à des astres déchus, passés de la première à la troisième grandeur.