Le directeur change alors d’idéal et déclare qu’il veut former une troupe d’ensemble.
Il modifie également ses vues en ce qui concerne la publicité. Il parlait d’abord de placards quotidiens dans tous les grands journaux, et les murs de Paris devaient disparaître sous les « quadruple colombier ». Les couloirs, les stations et les tunnels du métro célébreraient sans trêve, de Dauphine à Nation, de Maillot à Vincennes, l’attrait de la pièce nouvelle et la gloire de la jeune direction…
Tous ces projets éclatants sont remis à plus tard. Il prétend, après avoir affirmé le contraire, qu’il ne faut pas de publicité préventive, mais un lancement énorme, aussitôt que l’on sera sûr, par l’accueil de la générale, de l’excellence du produit. Espérons qu’il ne changera pas d’avis une fois encore, et ne proclamera pas que le meilleur adjuvant pour une pièce, c’est la publicité parlée.
Son attitude avec l’auteur a évolué progressivement. Les premiers jours, il l’appelait maître, puis monsieur Untel, puis Untel tout court.
Et, pourtant, ce jeune directeur est, de sa nature, un bon petit garçon, très modeste. Mais, dès son avènement, l’administrateur, le secrétaire, le régisseur, les artistes l’ont hissé sur un pavois et ont allumé autour de lui tous les parfums de l’Arabie… Entretenue par les louanges, une foi considérable en lui-même lui a gonflé la poitrine et relevé le menton.
C’est maintenant un vrai directeur, assis sur un trône de certitude, isolé du reste du monde par le rideau de ses courtisans.
La mère de la petite Gazul
La petite Gazul a sept ans. Elle répète dans ma pièce le rôle d’un petit garçon qui réconcilie, par son charme angélique, son grand-père irrité et sa grande sœur coupable.
La petite Gazul arrive à la répétition sous la conduite de sa mère, une ancienne choriste, qui n’a fait qu’un court séjour au théâtre, le temps de connaître un électricien un peu bellâtre que le Destin avait marqué au front pour procréer la petite Gazul. Puis la mère de la petite Gazul avait épousé un placier en quincaillerie, qui s’imaginait sans doute être le père de l’enfant. « Quelle histoire si cela venait jamais ses oreilles ! » disait à tout venant la mère de la petite Gazul.
La petite Gazul, qui joue le rôle du petit Armand avec une intelligence merveilleusement précoce, est dans la vie une petite fille plutôt arriérée pour son âge, et aussi, il faut le dire, très mal élevée, bien que — ou parce que — sa mère ne cesse de s’occuper de son éducation. Elle s’en occupe avec une autorité mêlée de ménagements, car c’est, en somme, la petite Gazul qui fait vivre la famille.