« Moi, je me suis trompé bien souvent, murmura le vieux maître ; c’est peut-être ce qui m’a permis d’arriver à la situation que j’occupe, que j’occupe du moins à vos yeux déférents. »
Souvenirs
A cette époque de ma jeunesse, j’étais attaché comme secrétaire de la direction au théâtre de la Porte-Saint-Martin.
Mes fonctions consistaient à lire les manuscrits que la direction ne voulait pas jouer et à fournir ensuite aux auteurs des explications dulcifiantes.
J’avais aussi le droit d’assister, comme spectateur strictement muet, aux pièces que l’on mettait en répétition.
C’est ainsi que je vis répéter le Colonel Roquebrune, de Georges Ohnet.
Je n’avais pas pour Georges Ohnet une admiration sans réserves, mais j’étais loin de le considérer comme le seul mauvais écrivain de sa génération. Sans parler de son caractère, qui était celui d’un fort brave homme, j’estimais en lui de remarquables dons d’invention, et une faculté peu ordinaire d’attacher son public par une intrigue captivante.
Chez lui, l’invention était toujours assez méritoire.
Au troisième acte, quelqu’un disait à Roquebrune (mandataire secret de Bonaparte) :
« Vous le prenez de bien haut, colonel ! »