Le soir de la générale, le premier acte, qui inspirait quelques craintes, marcha admirablement. L’auteur, aux nombreux amis qui vinrent sur le plateau, se bornait à dire : « Ceci n’est qu’un acte d’exposition. Attendez mon deux. »
Après le deux, les admirateurs revinrent, mais en moins grand nombre. Ils dirent à l’auteur que ça marchait très bien, mais :
Qu’on avait eu tort d’allumer le calorifère,
Que la robe de l’héroïne était trop mauve,
Qu’il y avait dans une baignoire une bande de gens ivres qu’on aurait bien dû expulser.
L’auteur attendait d’autres constatations. Il vit venir à lui un parent complaisant, qui affirma que c’était un triomphe. Il oublia volontairement que ce cousin était un bénisseur invétéré.
D’ailleurs, il comptait beaucoup sur le trois, qui était très gai, très en dehors.
Cet acte fut écouté par le public avec une satisfaction plutôt intérieure. Ce calorifère abominable empêchait les grosses manifestations. Après la chute du rideau, il y eut une récolte suffisante d’applaudissements pour le nom de l’auteur. On ne le demanda pas sur la scène, et il n’eut pas à faire triompher sa ferme résolution de n’y venir à aucun prix.
Deux amis seulement apparurent sur le plateau. Le directeur regardait l’auteur, ma foi ! très amicalement.
L’auteur lui dit : « Hé bien ! je crois qu’on peut s’embrasser. »