Mais, après la première, Francisque Sarcey écrivit, en racontant la pièce :

« M. de Moigneville qui a un pied dans tous les partis… »

Retrouvant, recréant d’instinct, le texte primitif, le prince de la critique refusait à son tour la qualité de bipède à l’infortuné comte de Moigneville.

Est-ce bien un succès ?

Les trois actes de la comédie Le Désir d’Henriette, lus au directeur, firent sur ce quadragénaire énorme un effet moyen. Il dit à l’auteur : « Bien entendu, je te reçois, mais c’est parce que j’ai confiance en toi. Pour la pièce, je ne sais pas… Je suis un vieux routier. Mais mon théâtre me paraît un peu grand. Ça peut faire un succès, ou ça peut se ramasser. On sera fixé à minuit, le soir de la générale… »

L’auteur pensa : « Il n’y connaît rien. »

La lecture aux artistes fit un effet considérable.

Le directeur dit à l’auteur : « J’ai entendu ta pièce aujourd’hui pour la première fois. L’autre jour, tu me l’as lue comme un cochon. Aujourd’hui, je l’ai vue. Nous jouerons ça trois cents fois et nous ferons le plein deux cents jours. »

Ils s’embrassèrent. L’auteur déclara — et il le pensait — que le directeur était le premier homme de théâtre de Paris.

Les répétitions marchèrent sans un accroc et sans une dispute, d’autant que l’auteur et le directeur s’y trouvaient rarement en même temps. Ils donnaient aux artistes des indications contradictoires. Mais, dès qu’ils se rencontraient sur le plateau, ils arrivaient à corriger merveilleusement ces divergences, au grand contentement des interprètes qui se bornaient à déclarer, une fois le directeur et l’auteur partis, que c’était insupportable de travailler dans ces conditions-là.