… Quelle rage de poursuivre ainsi les enquêtes, et de ne pas se contenter de la première affirmation !

La recette était belle, mais l’indication n’était pas entièrement satisfaisante. En cas de succès, le directeur l’avait déclaré, on atteignait toujours le maximum le premier samedi.

La matinée, le lendemain, fut médiocre. Mais allez donc lutter contre Auteuil et ce match de rugby à Colombes !

Le dimanche soir, ce fut assez maigre ; ce n’était pas un théâtre populaire.

— Nous n’avons pas de location pour demain lundi, dit le directeur, on louera dans la journée. C’est le genre du théâtre. Nous ne ferons pas plus de 6.000.

On fit 2.400. Le directeur déclara que c’était très beau, étant donné le temps désagréable. Il était tombé du grésil. D’autre part, à la Bourse du commerce, il y avait un petit krach… Les gens se réservaient.

Ils montrèrent la même réserve les jours suivants. On garnissait les salles avec des faveurs, mais le théâtre était décidément un peu grand. L’auteur souriait vaillamment. Quelques compensations lui arrivaient, des louanges bien filtrées : la sœur d’une habilleuse avait déclaré que c’était la plus jolie soirée qu’elle eût passée au théâtre depuis trente ans…

Le samedi, la recette fut assez bonne… dans les neuf mille… huit mille quatre cents exactement. Et, pourtant, un boxeur poids moyen anglais de grande valeur rencontrait ce soir-là le champion de France au Cirque de Paris… « Ils ont fait deux cent mille francs de recette, dit le directeur. C’est de l’argent pris aux théâtres comme avec la main. »

Le dimanche fut un petit peu supérieur au dimanche précédent. L’auteur arriva le lundi après-midi dans le cabinet du directeur. Il le trouva en conférence avec un autre auteur. La conversation s’arrêta brusquement à son entrée. Tous deux lui serrèrent la main avec effusion.

— Croyez-vous que sa pièce est exquise ? dit le directeur à l’autre auteur. Quel talent il a cet animal-là ! Mais ce n’est pas tout à fait la pièce d’ici…