Le confrère joignit sa voix louangeuse à celle du directeur. Puis la conversation s’arrêta à nouveau. L’auteur du Désir d’Henriette prit congé, et s’en alla vers des arbres, au bois de Boulogne. C’était la première journée de printemps ; avec un léger effort et de la littérature, il lui trouva un certain charme.
Le spectateur de la “Générale”
Faut-il donner des répétitions générales ? Ne vaut-il pas mieux entrer tout de suite en contact avec le grand public, sans passer au préalable devant un aréopage un peu dur ?
Les jeunes auteurs sont et ont raison d’être partisans de ces représentations préliminaires. C’est le public des générales qui fait les gloires.
Mais c’est aussi lui qui les défait. Alors il vaut mieux pour les vieux maîtres ne pas courir cette épreuve redoutable.
Moi qui écris ceci, je n’aurai d’avis sur ce sujet qu’après ma prochaine générale. Comme j’aurai eu une grande confiance dans mon nouvel ouvrage (dont je ne connais encore ni le thème ni le titre), je n’aurai pas hésité à affronter des juges, tant il m’aura semblé impossible qu’ils ne me donnent pas raison.
Si la générale est mauvaise, je dirai qu’ils sont odieux, et je prendrai la résolution de ne plus donner de générales. Cette résolution durera jusqu’au moment où j’aurai entrepris la pièce d’après, certaine celle-là d’enlever tous les suffrages.
Si vous voulez bien, passons dans la salle et tâchons de retrouver les sentiments qui nous ont agités, quand nous avons assisté comme spectateurs à la générale d’autrui.
Le rideau se lève. A moins d’être pris tout de suite par une sensationnelle entrée en action, le spectateur, aux premières scènes, éprouve un sentiment d’ennui à se trouver en présence de gens qu’il ne connaît pas. Ils racontent leurs histoires de famille et il se fait l’effet d’être un intrus.
Puis, dès la première réplique qui l’accroche, il se dépêche de prendre un parti, comme s’il avait le feu au derrière, et de se déclarer à lui-même que c’est très bien. Si, par contre, la scène lui déplaît, il désire que la pièce soit très mauvaise. Car il est là pour s’amuser, c’est-à-dire pour rendre des jugements bien catégoriques dans un sens ou dans un autre. Et s’il a décidé que la pièce ne vaut rien, il verra venir avec irritation d’autres passages qui ont l’air d’être bons et vont peut-être l’obliger à déranger et à bousculer son opinion.