L’acte est terminé. On a applaudi, trop ou trop peu à son gré. Il s’en va dans les couloirs.
S’il est jeune, il affirmera son opinion et supportera mal les contradicteurs. S’il est vieux, il se montrera plus réservé, non par manque de courage, mais parce qu’il n’est plus très sûr de son avis, comme au temps de sa triomphante jeunesse. Et il ne se figure plus désormais qu’il est investi d’une mission.
Mais voici deux juges qui discutent. L’un crie au chef-d’œuvre ; l’autre déclare que c’est du chiqué médiocre. Ils ne rompent pas d’une semelle, mais s’influencent réciproquement sans s’en douter. Celui qui aimait la pièce aborde le second acte avec méfiance. Le détracteur, au contraire, se sent envahi par une bienveillance involontaire. Au deuxième entr’acte, ils se retrouvent en contradiction. Mais ils ont changé de camp. Ce n’est pas grave : au bar, ils finissent par transiger sur le dos de l’auteur.
A la fin de la pièce, ils se rencontrent encore, s’aident mutuellement à mettre leur pardessus. L’un résume son impression en un : oui, oui… indulgent qui ne veut pas dire grand’chose ; l’autre en un : oui, oui… méprisant qui n’a pas une bien nette signification. Leur verdict, en fin de compte, est neutre, et le pauvre auteur n’aura même pas de juges à maudire.
Conseils aux jeunes auteurs
Il ne s’agit de rééditer ici ni Aristote, ni Lessing, mais d’offrir aux débutants quelques moyens pratiques pour se pousser dans la carrière.
Aujourd’hui, nous aborderons deux points également importants : le choix d’un pseudonyme, le choix d’un titre.
Il y a des années, à l’époque où nous traitions ces mêmes sujets dans la Revue Blanche, nous avons donné à nos confrères un conseil que nous jugions et nous jugeons encore excellent.
Choisir de préférence comme pseudonyme le nom d’une rue très passante. S’appeler, par exemple, Henri Poissonnière ou Gaston de Bonne-Nouvelle. Aussitôt que l’auteur aura acquis une certaine notoriété, la foule s’imaginera vaguement qu’il a reçu du Conseil municipal cet éclatant hommage : l’attribution de son nom à une des voies parisiennes les plus en vue.
Supposons que M. Henri Poissonnière ait franchi la première et la plus dure étape, et qu’il ait fait recevoir une pièce dans un théâtre (nous verrons dans une prochaine causerie les procédés à employer pour y parvenir). Il s’agit d’attirer l’attention sur l’ouvrage. Voici un système qui nous a donné souvent d’assez bons résultats :