Il était professeur de première dans un petit collège de province. Passionné des « choses de théâtre », il ne trouvait, dans la ville de H…, personne avec qui s’entretenir agréablement de ses préoccupations favorites.
Pour se distraire, Joseph Lembaumé proposait à ses élèves des dissertations françaises sur les sujets qui lui tenaient à cœur.
« Que pensez-vous de cette loi d’Aristote, etc. ? »
« Comment interpréter cette remarque de Diderot ?… »
Les réponses malheureusement manquaient d’intérêt… La génération de cette année de première, dans cette petite sous-préfecture, n’avait rien donné d’éblouissant.
Aussi, après six mois d’ennui, Joseph Lembaumé se décida-t-il à gagner Paris, où un de ses parents occupait un emploi d’administrateur dans un grand quotidien.
Aujourd’hui, Joseph Lembaumé s’est fait une place en vue. Sa culture ne le dessert pas pour le métier de journaliste. Elle l’empêche en tout cas de faire parade, à tout bout de phrase, de ses connaissances grammaticales, et lui permet d’éviter les imparfaits du subjonctif que les primaires parvenus étalent avec tant d’ostentation.
D’ailleurs, son travail de rédaction est extrêmement réduit. Chaque quinzaine, il fait faire une composition de français aux plus notoires de nos auteurs, directeurs et acteurs.
« Quelle sera l’influence du ciné sur le théâtre ? Vous paraît-elle salutaire ou néfaste ? Justifiez votre opinion. »
« Que pensez-vous du théâtre social ? »