C’est un peu servile ? N’ayez pas peur. Avec la crise actuelle du change, le verbe s’est fait de moins en moins cher, et l’épithète est tombée au taux de la couronne.
Pour les mauvais articles, laissez-nous vous soumettre, sans vous la préconiser, une réponse que nous avons écrite, et que nous avons, en fin de compte, jugé inutile d’envoyer à un critique assez jeune encore, de talent, ma foi ! mais un peu serin, et dont l’air d’autorité nous avait paru exagérément précoce.
« Mon cher ami,
« Je voudrais bien être aussi sûr que ma pièce est bonne que vous êtes certain qu’elle est mauvaise. »
(Si le destinataire se reconnaît au signalement ci-dessus, il n’aura qu’à réclamer la lettre à l’Éditeur.)
Voici une petite histoire probablement vraie que nous soumettons aux méditations des jeunes auteurs et dont ils pourront tirer profit.
Un dramaturge débutant avait obtenu une lecture d’un directeur. Il faut dire qu’il était le neveu d’un gros marchand de grains, lequel avait mis des fonds dans le théâtre, ce qui avait créé, entre le directeur et lui, une de ces amitiés solides qui survivent parfois à l’épuisement de la commandite.
Il vaut mieux lire une pièce que de la donner à lire. Le directeur n’écoute pas constamment. Mais, tout de même, il connaît mieux votre ouvrage que s’il laissait le manuscrit ficelé à son chevet.
Ce directeur, après la lecture, demanda au jeune auteur qui « il voyait » dans le rôle de l’héroïne. L’auteur prononça avec assurance le nom d’une actrice assez en vue.
— Ça ne serait pas mal, dit le directeur. Ce n’est pas tout à fait son affaire, mais le nom est bon pour l’affiche. Et puis, c’est une bonne camarade à moi, pour qui j’ai beaucoup d’affection. Il faudrait aller lui lire votre pièce…