—Je suis l’inspecteur de la Sûreté que vous avez demandé.
Il ne tira pas avec autorité un calepin de sa poche pour prendre des notes; il me pria simplement de lui raconter tout ce que je savais du crime de Toul et de la démarche de Marteau.
Il hochait de temps en temps la tête, non pas avec la gravité d’un pontife, mais avec la satisfaction d’un homme qui enregistre un détail utile à son enquête.
Je crois qu’il aimait son métier; mais il l’aimait simplement, et sans avoir l’air de s’en rendre compte. Il me demanda si j’avais l’intention de venir à Londres, en me disant que ce n’était pas nécessaire et que je pouvais m’épargner ce dérangement.
Mais comme il vit que j’y tenais:
—Après tout, me dit-il, j’aime autant que vous veniez. Je n’ai pas pu, n’est-ce pas? vous poser toutes les questions auxquelles vous êtes en mesure de répondre, et je ne suis pas fâché de vous avoir sous la main pour vous demander, à l’occasion, des détails complémentaires sur Larcier et tout ce qui concerne l’affaire. On ne peut pas songer dès l’abord à demander tout ce qu’il faut savoir. Cela ne vous vient que peu à peu.
M. Galoin ne vous donnait pas des explications pour étaler la beauté de son système. Il vous disait cela par politesse, pour ne pas avoir l’air fermé et mystérieux, et pour vous tenir au courant du travail même de son esprit; d’ailleurs, et je m’en suis aperçu par la suite, il ne vous disait pas absolument tout. Il y avait bien des choses qu’il conservait pour lui. Il m’expliqua plus tard pourquoi il se gardait d’émettre des hypothèses incomplètement formées, de peur qu’un signe de désapprobation ou d’incrédulité chez son interlocuteur ne l’encourageât à renoncer à une piste qui pouvait, en somme, être bonne.
—On dit des choses devant quelqu’un, me dit-il, on a une idée, et la personne à qui on en parle n’a pas l’air de votre avis. On ne se demande pas si elle a réfléchi avant de vous désapprouver, on est malgré soi impressionné par son attitude, et l’on abandonne quelquefois son idée. On a tort.
Je demandai à M. Galoin quand nous partirions pour Londres, mais il lui était impossible de s’en aller avant le lendemain à quatre heures.
N’était-il pas imprudent de laisser prendre à Marteau une trop grande avance? Il me répondit qu’il ne s’en inquiétait pas, et cette assurance m’imposa d’autant plus confiance qu’il n’avait pas l’habitude d’affirmer ainsi les choses avec autant d’autorité.