Il s’appelait M. Galoin. Je le dévisageai comme un médecin qu’on ne connaît pas, avec la hâte avide d’en avoir une impression de confiance ou de défiance.
J’avais pensé beaucoup à lui avant de le voir, et je tâchais de me figurer comme il serait. Je craignais de voir arriver un petit policier sec et prétentieux, obéissant à des méthodes comme à des consignes. Et pourtant, me demandai-je, ne sont-ce pas là les hommes les plus précieux? Ils appliquent méticuleusement un système créé par des générations de policiers dont l’expérience combinée est plus riche et plus puissante que l’initiative intelligente et même pleine d’invention d’un seul homme.
Il est à craindre, d’autre part, que certains de ces employés manquent d’intelligence, même pour appliquer un système. Leur recrutement offre d’autant moins de garanties que leur profession est décriée et qu’il n’y a pas, pour arriver à être inspecteur de la Sûreté, un concours ouvert entre tous les individus intelligents appartenant à toutes les classes de la société. La sélection s’opère sur un champ beaucoup trop restreint.
Je fus assez satisfait de la première impression que me fit M. Galoin.
C’était un homme de trente-cinq ans, brun, qui portait toute sa barbe et des cheveux plats, rabattus sur le front.
Je me laisse guider assez volontiers dans mes impressions sur les gens par leur coupe de barbe et de cheveux. J’y trouve des indications analogues à celles que fournit la graphologie, avec cette différence que mes observations, dans ce cas, sont pour ainsi dire machinales. Je me méfie instinctivement des hommes dont la coiffure est trop soignée, dont la raie est trop méticuleuse, dont les bandeaux sont trop exactement bouclés. Il me semble qu’ils sont absorbés par des préoccupations un peu puériles.
De même, je préfère soit la barbe franche, soit les joues et le menton rasés, aux combinaisons étudiées des favoris et des barbiches.
XII
Le visage propre et bien soigné de M. Galoin n’avait rien de prétentieux.
Quand il me vit, il me dit simplement: