Cependant, j’étais allé au guichet de Londres, par manière de confirmation. Je demandai à la préposée si elle ne se souvenait pas d’avoir remis un billet de seconde, au jour que je lui indiquai, à un grand monsieur âgé dont je lui donnai le signalement. Je lui demandai aussi, en me rappelant l’incident de la petite gare voisine de Toul, si elle n’avait pas reçu, en payement, une ou deux pièces de cinq francs. Je me disais que peut-être Larcier les avait passées à Marteau. Mais la préposée ne se souvenait de rien.

D’ailleurs, les renseignements qu’elle aurait pu me donner n’auraient fait que corroborer les indications beaucoup plus précises que j’avais reçues de l’homme d’équipe.

Blanche, pendant toute cette enquête, était restée dans la voiture. J’allai la retrouver et lui communiquai le résultat de ma seconde enquête. Nous résolûmes, sur-le-champ, d’aller à Londres. Cette entreprise ne laissait pas d’être un peu difficile, étant donné surtout qu’elle et moi nous parlions à peine l’anglais. Puis, vraiment, nous n’avions que des indices très faibles pour retrouver Marteau.

C’est à ce moment que, de guerre lasse, je sentis le besoin d’appeler quelqu’un à notre aide, et, bien que je n’eusse qu’une confiance très modérée dans l’habileté infaillible des détectives, je résolus tout de même de faire appel aux lumières et à l’expérience d’un professionnel qui sût parler anglais.

Je connaissais au ministère de l’Intérieur un de mes camarades de lycée qui était en relations avec la Sûreté. Il pouvait se procurer l’adresse d’un de ces agents en disponibilité, qui travaillent pour le compte des particuliers. Je lui demandai également une recommandation pour le ministère de la Guerre, car il fallait faire prolonger ma permission... En même temps, et pour subvenir aux dépenses nouvelles qu’allait occasionner notre expédition, j’écrivis à un notaire de Chalon-sur-Saône, chez qui j’avais quelques titres en dépôt, de bien vouloir m’adresser de l’argent à Londres.

Je me souviens encore de la lettre affolée que je reçus quelques jours plus tard et qui accompagnait l’envoi des deux mille francs demandés.

Ce notaire n’avait jamais compris pourquoi, moi, sous-officier, j’avais pu m’en aller à Londres. Il n’osait formuler ses hypothèses, mais je compris qu’il avait eu peur de me voir déserter, à la façon dont il insistait sans raison pour que mon voyage en dehors de France ne durât pas trop longtemps.

Nous avions passé la soirée, Blanche et moi, au théâtre, et je l’avais reconduite à son hôtel de la rue Vivienne. J’allai, moi, à l’hôtel Savarin, où j’espérais recueillir encore quelques indices sur le séjour qu’y avait fait Marteau.

Je ne fis ma visite à mon ami de l’Intérieur que le lendemain matin, à dix heures.

Il s’occupa avec une telle vigilance de ce que je lui avais demandé qu’après déjeuner nous vîmes arriver, Blanche et moi, rue Vivienne, un ancien agent de la Sûreté.