—Pourquoi posez-vous ces questions? demanda Blanche, décidément d’une indiscrétion un peu gênante.

—Pour savoir, répondit simplement M. Galoin, qui sourit encore pour atténuer la sécheresse de sa réponse.

—Je me demande, lui dis-je, pourquoi Larcier, qui ne savait pas l’anglais, est allé plutôt à Londres qu’en Belgique. Cela ne vous frappe pas?

—Non, dit M. Galoin. En ce moment, je ne pense pas à Larcier, je pense à retrouver Marteau. Il ne faut pas faire deux choses à la fois.

—Excusez-moi de vous poser des questions.

—Mais faites donc, faites donc! répondit-il. Cela ne me gêne en aucune façon. Ma profession est d’interroger, et il serait vraiment extraordinaire que je fisse des difficultés pour répondre. Je ne donnerais pas le bon exemple.

—Eh bien, je voulais vous demander si vous avez une idée quelconque pour retrouver ce Marteau à Londres. Ça me paraît terrible. Je sais bien qu’il y a des hôtels où les Français vont de préférence, mais si ce Marteau sait l’anglais, ce qui est bien probable, et qu’il veuille, sur l’ordre de Larcier, échapper aux recherches, je crois qu’il a plutôt dû descendre dans un hôtel purement anglais où ne vont pas d’ordinaire des Français, et qui ne se trouve pas spécialement signalé à l’attention de la police française... D’abord, est-il sûr que Marteau soit à Londres?

—C’est ce que nous verrons, répondit évasivement M. Galoin.

Il me sembla qu’il devait avoir quelques indices, car, lorsqu’il ne savait rien, il le disait. J’arrivais peu à peu à le connaître. Je me dis qu’à ce moment, précisément, il couvait sans doute une de ces idées naissantes, qu’il ne voulait pas me montrer pour ne pas risquer d’affaiblir la foi qu’il commençait à avoir en elle.

Nous cessâmes de parler de l’affaire Larcier. Je me rapprochai de Blanche et nous nous mîmes à causer amicalement tout bas, non sans remarquer de temps en temps un coup d’œil furtif à M. Galoin. Nous nous sentions gênés l’un et l’autre. Il y avait entre nous quelque chose d’inexpliqué, et tant qu’un tiers ne s’était pas trouvé avec nous, nous n’avions pas été troublés; mais maintenant que notre intimité avait pour témoin l’œil inquisiteur de M. Galoin, nous n’étions plus aussi tranquilles.