—Vous n’aurez pas besoin de nous payer tout de suite, nous sommes ici pour une période de vingt-huit jours, encore trois semaines à tirer... Vous voyez que nous sommes de revue!
Il me prit à part, et me dit:
—Ecoute, Ferrat. Je vais jouer simplement pour rattraper les cinq cents francs que tu m’as prêtés...
—Mon vieux, je t’en supplie! Ces cinq cents francs, je n’en ai pas besoin. Tu me les rendras dans un an ou deux ans... Je ne veux pas que tu te remettes à jouer à cause de moi. Tu vas t’enfoncer davantage!...
—Mais non, vieux, j’ai eu une déveine inouïe hier soir, je ne l’aurai pas ce soir... Ce n’est pas possible... Je suis en veine, je sens que je suis en veine... J’ai l’impression que je vais gagner tout ce que je voudrai...
Il n’y avait qu’à le laisser faire... C’était fini... Cette passion l’avait repris. Il n’écouterait plus aucune remontrance.
Il s’assit à la table de jeu, et, quand nous rentrâmes au quartier, à trois heures du matin, il avait perdu près de cinq mille francs...
Nous marchions en silence dans la cour du quartier. Il ne pouvait se décider à monter dans sa chambre.
—Tu penses bien, me dit-il, que je ne veux pas profiter du délai que ces gens-là m’ont accordé; d’autant que, lorsque nous avons eu fini de jouer, ils ne m’ont pas répété ce qu’ils m’avaient dit avant le jeu: que j’avais le temps de les payer, que nous étions entre camarades... Ce ne sont pas de mauvais garçons, ajouta-t-il, mais je sens bien qu’ils n’ont pas voulu, en me disant de ne pas me presser, risquer de retarder la rentrée de leur argent... Oh! j’ai senti cela!...
C’était aussi mon avis. J’aurais voulu qu’au moment où l’on s’était quitté, l’un des gagnants dît à ce malheureux Larcier quelques paroles bienveillantes, mais tous semblaient avoir les lèvres vissées.