Julien eut un tremblement charmé.

—C'est la plus jolie femme de Paris, dit le baron. Nous en parlions l'autre soir, et quelqu'un lui opposait Mme Kerlon. Mais il n'y a aucun rapport. Celle-là a une allure que l'autre n'aura jamais. C'est ça qu'il faut considérer chez une femme. Je sais bien qu'en ces matières il ne faut pas consulter le suffrage universel, mais son impression personnelle. Cependant, c'est un fait bien caractéristique que cet accord général sur la beauté de notre amie.

Personne n'avait une esthétique plus docile que notre ami Julien. Il partagea immédiatement l'opinion du baron, sanctionnée par tant d'autres approbations. Il n'hésita pas à trouver la marquise très belle, et quand il rentra chez lui, il sentait bien qu'il l'aimait.

—Ah! madame Duble! dit-il à sa bonne. Ah! chère madame Duble!

Pourquoi cet élan de tendresse vers sa vieille gouvernante?

CHAPITRE IV

Deuxième entrevue.

Antoinette! elle s'appelait Antoinette!

Pour que Julien fût tout à fait pris, il manquait encore quelque chose; il fallait que la marquise fît un pas en avant, un tout petit pas. Julien se croyait fier. Il était, plus exactement, paresseux, mettons un peu lâche. Il avait peur des rebuffades, et n'aimait pas se donner du mal.

Sans qu'il s'informât davantage, des détails sur le marquis et la marquise de Drouhin lui étaient arrivés de tous côtés. Les deux jours qui suivirent le déjeuner chez Antoinette, Julien, par un phénomène bien connu, entendit prononcer plusieurs fois le nom de ses nouvelles connaissances, ce nom qu'il ignorait totalement une semaine avant. Mais il pensa qu'on l'avait peut-être prononcé déjà devant lui, sans qu'il le piquât au passage.