Le chef de gare, homme d'équipe et distributeur de billets, arrivait justement en courant, pour descendre la malle de Julien. Le marquis, ennuyé, le suivait à quinze pas.
—Croyez-vous? dit-il à Julien. Voilà trois jours que nous attendons un pneu arrière, que j'ai demandé par dépêche en grande vitesse, et rien n'est encore arrivé.
—Il est peut-être dans le fourgon, dit le chef de gare.
Il était dans le fourgon... Le marquis reprit sa bonne humeur, et fit alors fête à Julien.
—Firmin! Firmin! cria-t-il ensuite à son mécanicien, nous avons le pneumatique!
Un chauffeur blond, qui était resté en arrière, arriva, très élégant, vêtu de beige, et guêtré de cuir fauve.
—Je pensais bien, monsieur le marquis.
—J'ai également, dit le chef de gare, un petit colis pour madame la marquise. Si monsieur le marquis veut s'en charger?
—Prenons-le, dit le marquis, pendant que nous y sommes.
On chargea la malle sur le siège, avec le petit colis de la marquise. Le mécanicien s'assit sur le strapontin, en prenant le pneu devant lui, et l'on installa Julien dans le fond de la voiture: la cargaison était au complet. L'expédition à la gare avait été fructueuse. Le marquis ramenait, comme pièces de choix, un pneu et un invité.