Julien entendait encore les applaudissements de la veille, après la répétition en costumes. Sous la conduite de Madame Jehon, coryphée, toute la population habituelle du château avait fait un succès au jeune homme, à la fin de chacune de ses deux scènes.
Il avait mis un costume de chevalier, qui avait servi au marquis vingt ans auparavant. Le vêtement était encore tout frais, et bien à la taille de Julien.
—Ému? demanda Jehon, le sculpteur.
—Pas du tout. Je croyais, il y a une quinzaine, que ce jour n'arriverait pas, et que s'il arrivait, je n'aurais pas la force de parler... Je ne ressens qu'une assez vive impatience, et je suis un peu énervé que ça ne commence pas tout de suite...
—Place au théâtre! s'écria derrière eux Jacques de Delle.
Il apparaissait dans toute l'importance de ses fonctions. Il était à la fois affairé et sûr de lui, comme un homme qui en a vu bien d'autres, mais qui tient à rester constamment à la hauteur de sa réputation, et à ne rien laisser au hasard.
Il indiqua la sortie à Jehon et au diplomate, d'un air à la fois autoritaire et courtois.
Julien dut s'éloigner aussi, car il n'était pas des deux premières scènes.
Le rideau se leva... Après un court dialogue entre la petite rouquine, qui jouait une vieille comtesse, et une des filles du colonel, paysanne malicieuse, la marquise fit son entrée; et ce fut une longue salve d'applaudissements. Elle fut applaudie encore à deux ou trois reprises, au cours de sa scène, chaque fois d'une façon violente et prolongée.
—Allons! Allons! dit Jacques de Delle, qui attendait son entrée, à côté de Julien. Ils sont bien disposés.