—Non, dit M. Camus, nous allons directement sur Bourrènes.
Plus loin, un poteau indicateur donnait Chanteleux à quarante-huit kilomètres. Chanteleux était à trois lieues de Bourrènes. Il n'était pas six heures; on pouvait être à Bourrènes vers huit heures pour le dîner.
Julien et Antoinette préféraient ne pas traverser la ville de Tours où ils connaissaient trop de monde. Mais, d'autre part, avec la voiture de M. Camus, la route nationale était plus sûre.
Ce chemin de grande communication, où ils étaient engagés, était légèrement accidenté. Il y avait en outre, sur le sol, des pierres pointues, qui obligeaient M. Camus à faire de petits crochets. A chaque montée, le bruit des changements de vitesse vous déchirait l'âme; mais la voiture continuait à rouler.
Voilà qu'en arrivant à l'entrée d'un village, M. Camus, après avoir pris un coude, se trouva face à face avec une vache, qui les regarda avec de gros yeux impassibles. M. Camus, pour éviter la vache, donna un coup de volant, et l'auto s'arrêta net: on avait «fusillé» quelque chose à l'intérieur.
Cette fois, un simple haussement d'épaules n'était plus suffisant pour traduire les sentiments intérieurs de M. Camus. On lui toléra un mot énergique, qui le soulagea et l'apaisa complètement. Il regarda sa voiture, et dit à Julien, qui était descendu aussi:
—J'ai cassé ma tige de pompe. Ce n'est rien de ça. Il y a une forge ici. Je vais m'en faire façonner une en un quart d'heure.
—Nous avons un quart d'heure à attendre, dit Julien à Antoinette.
Le mieux était d'aller faire un petit tour. Il posa sa main sur le bras de la jeune femme, et tous deux s'en allèrent lentement à travers le village, un petit village aussi paisible que leur cœur.
—Il a dit un quart d'heure, fit remarquer Antoinette; mais c'est peut-être plus. S'il y avait un télégraphe ici, on pourrait envoyer une dépêche au château, pour dire que nous arriverons après dîner.