A leurs pieds le lac s’étendait, silencieux comme une plaine endormie. On apercevait sur l’autre rive les lumières d’une ville française. Sans nul doute, d’autres passions flamboyaient là-bas, mais certainement aucune de ces espérances de soir d’été, aucun même de ces bonheurs réalisés ne dépassait l’exaltation où ce début d’entretien avait entraîné Georges et Béatrice.

Ils parlaient de toutes sortes de choses, sans grand intérêt pour eux ni pour personne d’ailleurs. Ils parlaient des gens qu’ils connaissaient, des comédies qu’ils avaient vues, des concerts.

L’important, c’était de parler et d’écouter le bruit de leurs paroles.

Quand après une heure, ou deux, ou trois, il la ramena à la porte de sa chambre et qu’il eut pris congé d’elle en lui baisant respectueusement et pas trop longuement le bout des doigts, il se disait que sa vie était à cette femme, eût-elle tué père et mère.

D’ailleurs, il ne la croyait pas coupable de ce double forfait.

Il était convenu que l’on se remettrait en route le lendemain, mais pas avant d’avoir reçu la dépêche de Salzburg.

— J’ai à voir, avait-elle dit à Georges, quand il l’avait reconduite à sa porte, j’ai à voir, probablement à Salzburg, un banquier hollandais avec qui mon mari avait fait plusieurs affaires. Je suis toujours en très bons termes avec sa femme et lui, bien qu’on ne se voie plus aussi souvent, pour des raisons que je pourrais vous dire. Je sais que ce banquier doit passer quelque temps à Salzburg, comme tous les ans en cette saison. J’ai télégraphié à son hôtel habituel pour demander s’il était déjà arrivé. Il va là-bas pour entendre de la musique, car lui et sa femme sont de grands mélomanes. Il faut, pour des raisons graves, que je le voie dès son arrivée. Si, d’après les renseignements de l’hôtel, j’apprends qu’il doit être à Salzburg dans un ou deux jours, il faudra nous presser un peu.

Georges fut très longtemps avant de s’endormir. Pourvu, se disait-il, qu’on ne parte pas de trop bonne heure. Il avait mal dormi la nuit précédente et pensait qu’il n’avait pas beaucoup d’heures pour se reposer cette nuit-là ; jusqu’à cinq heures du matin une demi-douzaine de petits sommeils légers furent coupés de béates insomnies.

A cinq heures, il se rendormit pour la septième ou huitième fois ; il lui sembla qu’il se réveillait tout de suite après… Sa montre marquait onze heures un quart.

Il sauta à bas du lit. Qu’allait-on penser de ce chevalier servant qui, tout au début de son nouvel amour, montre si peu d’empressement à retrouver sa belle ?