Béatrice accepta cette proposition. Elle avait obtenu ses trois communications de Munich. Aucun voyageur du nom de Markeysen n’avait signalé sa présence ou son passage dans les trois hôtels évoqués.
Or, dans la salle à manger du palace où ils déjeunèrent, Béatrice ne parut pas du tout à son aise. Elle avait demandé à changer de place pour ne pas rencontrer le regard d’un monsieur qu’elle connaissait et à qui elle ne voulait pas dire bonjour. Désireuse sans doute de l’éviter à la sortie de table, elle se leva avant la fin du repas.
— Je prends la voiture et je vous la renverrai. J’ai demandé à notre hôtel un autre numéro de téléphone. On m’a dit qu’il fallait attendre trois heures pour la réponse, mais il se peut très bien qu’elle vienne avant, et je voudrais pouvoir leur parler moi-même.
C’était vrai ou ce n’était pas vrai… Georges et Laurence, résolument dociles, s’inclinèrent sans chercher à comprendre. Ils avaient seulement cette impression assez nette que c’était la présence de ce monsieur qui la mettait en fuite.
— Le connaissez-vous ? demanda Laurence à Georges, quand Béatrice fut partie.
— Je crois bien que oui. J’ai dû le voir chez elle à un thé ou à un dîner. On a même dû nous présenter, mais je serais bien embarrassé de trouver son nom.
Ils passèrent dans le hall pour prendre le café. Georges se leva pour aller jeter un coup d’œil sur le tableau des dépêches. Comme il était en train de les lire…
— Bonjour, lui dit le monsieur en question.
— Bonjour… dit Georges qui ne se rappelait toujours pas le nom de ce personnage et le remplaçait par un vague ronronnement.
Le monsieur était équipé pour partir en torpédo : il était vêtu d’un imperméable et sa casquette se complétait martialement d’un protège-nuque.