Mais, à Munich, à quel hôtel descendait-il ? Elle avait demandé les noms des trois hôtels les plus en vue et elle ferait téléphoner le lendemain par le portier dans ces trois palaces pour demander M. Markeysen.

Le souci qui l’occupait devenait de plus en plus obsédant car, au restaurant de l’hôtel où ils s’installèrent pour dîner, elle suivait à peine Mme Murier dans ses remarques et commentaires sur les différents convives. Seule, une robe en faille vert Nil, pastichée du dix-huitième, l’intéressa pendant quelques instants.

Après dîner, une proposition de promenade autour du lac fut déclinée d’une voix plaintive et un léger « chiqué » de fatigue physique.

Cet air dolent, cette tendre lassitude donnèrent à Georges à ce moment un grand désir de la prendre dans ses bras. Il aurait voulu brusquer l’aventure. Il se sentait moins maître de lui et moins capable de patience.

Laurence et Béatrice habitaient des chambres contiguës. Elles montèrent se coucher. Georges s’assit dans le hall d’hôtel où des voyageurs silencieux écoutaient un quatuor sans que rien, sur leurs visages, trahît la joie intérieure qu’ils devaient fatalement ressentir. Mais le jeune homme ne « tint » que dix minutes. Le temps, cédant sans doute aux objurgations de maints poètes, avait suspendu son vol. Les heures ne fuyaient plus. D’ailleurs les heures s’arrêtent de marcher, sitôt qu’on les regarde. Si on veut qu’elles reprennent leur course, il faut ne pas s’occuper d’elles.

Désespéré, Georges monta se coucher. Sa chambre était au premier, comme celles de ses compagnes. Il vit devant une porte les deux souliers de Laurence, ni trop grands ni trop petits, d’une élégance suffisante.

Les chaussures de Béatrice exigeaient probablement des soins particuliers, l’emploi d’une crème spéciale que la femme de chambre de l’hôtel, guidée et surveillée, étalerait devant Mme Olmey sur la peau artistement préparée de quelque saurien exotique. C’était probablement pour cette raison que ces chaussures sacrées ne figuraient pas sur la voie publique du corridor. Georges n’osa pas frapper à la porte de Béatrice, qui dormait peut-être. D’autre part, la porte de communication entre les deux chambres de ces dames était probablement ouverte.

Ces difficultés supposées exaspéraient son besoin de revoir Mme Olmey. Mais il fallut bien rentrer se coucher. La vision de Béatrice en déshabillé de nuit hanterait sans doute son sommeil. Une fois couché, il s’endormit et rêva de tout autre chose.

Le lendemain matin, Béatrice passa presque toute la matinée dans le hall de l’hôtel à attendre ses communications téléphoniques. Laurence était allée faire un tour en ville. Elle avait rencontré des amis à elle qui s’en allaient de Lucerne, après avoir passé la nuit sur le bord du lac, dans un autre hôtel dont ils vantaient la table et le confort.

Laurence proposa à Georges d’aller déjeuner à l’hôtel en question, pour voir d’autres figures.