Dès qu’un mystère trop mystérieux l’obsédait, il le rejetait de côté, et semblait lui dire : Tu reviendras quand tu seras moins obscur et que tu auras quelques précisions à m’apporter.

Aucun des trois voyageurs n’était jamais venu à Lucerne. La voiture avait passé devant la gare et avait erré à petite allure dans les alentours. Ils avaient aperçu un hôtel qui leur parut confortable, et qui l’était d’ailleurs, tenu par de sérieux hôteliers suisses.

L’employé de la réception était en train de faire voir des chambres à d’autres voyageurs. Béatrice, sur le comptoir du portier, rédigea une dépêche. Laurence s’approcha de Georges…

— De plus en plus étrange…

— Oui, dit le jeune homme avec réserve.

— Vous avez remarqué qu’elle n’a pas dit un mot pendant toute la route, depuis notre départ d’Ouchy ?

— C’est vrai, dit Georges, peu désireux de poursuivre une enquête de concert avec Laurence… Mais elle était peut-être fatiguée, dit-il. Nous avons fait hier une longue étape.

— Oh ! dans votre voiture, on est comme au coin de son feu. Je suis plutôt moins résistante et je ne ressentais aucune lassitude… Non, non, chez elle, c’est de l’énervement et je commence à croire que c’est pour une raison assez grave.

Georges ne tenait pas à prolonger cette conversation avec Mme Murier. Mais la curiosité de Laurence attisait à nouveau la sienne.

Ils avaient décidé de passer à Lucerne la nuit et la matinée du lendemain. Béatrice voulait savoir, avant de se mettre en chemin, si Markeysen ne se trouvait pas par hasard à Munich où quelque gala musical l’aurait arrêté sur la route de Salzburg.