Une jeune fille blonde, assez jolie, avertit le chauffeur qu’il était frappé d’une amende supplémentaire de vingt francs suisses pour avoir traversé un village à une allure exagérée. Un avis téléphonique les avait signalés. L’Inquisition, pour poursuivre les coupables, ne se contentait pas des barricades ; elle avait recours également à des moyens plus modernes.
Georges « discutait le coup » et prétendit qu’on les avait confondus avec une autre voiture. La jeune fille n’insista pas et les laissa passer. « L’agent, dit-elle, devrait être là pour percevoir l’amende, mais, comme il n’est pas arrivé, tant mieux pour vous. »
Cette affaire obscure devait prendre place parmi les mystères historiques non élucidés.
Lucerne, avec son vieux pont de bois couvert, ses maisons agréablement démodées nous donne la paisible joie de nous retrouver en 1860. Il est rare qu’une famille française ne possède pas un grand-oncle ou un vieux cousin, qui parle de Lucerne avec délice.
Nous nous y plaisons à notre tour par une sorte d’obéissance attendrie à une tradition de famille, et, ma foi ! parce que c’est assez aimable à voir.
IX
Depuis la conversation qui, la veille au soir, avait tendrement rapproché à Ouchy, sur les bords du lac, Georges et Béatrice, le jeune homme ne s’était pas trouvé seul avec Laurence Murier. Il n’aurait d’ailleurs pas cherché ce tête-à-tête, car l’intimité nouvelle qui s’était établie entre lui et Mme Olmey semblait desserrer un peu les liens qui les unissaient tous les deux à leur compagne de voyage.
Pourquoi Béatrice avait-elle emmené avec elle cette vague amie ? N’avait-elle pas assez d’indépendance d’idées pour partir seule avec Georges ?
Mais avait-elle vraiment une indépendance d’idées assez forte pour ne pas être retenue par la crainte des commentaires ?
Il n’aimait pas se poser des questions, quand il n’avait pas de réponse sous la main.