Ces dames ne furent pas insensibles non plus aux magasins d’Interlaken.
Le long des rivages, elles s’étaient contentées d’une extase roulante. Arrivées dans la rue principale d’Interlaken, elles demandèrent à descendre quelques instants pour regarder les étalages. Aussitôt qu’on a quitté le sol natal, toutes les boutiques exercent sur vous une grande fascination. Il en est quelques-unes qui résistent à l’examen.
Un magasin de jolies dentelles indiquait le prix de ses marchandises, mais c’était en francs suisses et ces dames étaient obligées de se livrer à de douloureuses opérations d’arithmétique. Au bout de très peu de temps, Béatrice demanda que l’on se remît en route.
En sortant d’Interlaken, on roule sur une promenade publique que des hôtels bordent d’un côté. C’est de cet endroit que l’on aperçoit la Jungfrau, énorme et magnifique de blancheur, mais ces dames n’accordèrent à cette merveille de la nature qu’une admiration un peu fatiguée.
Georges eut beau faire appel à l’éloquence des chiffres et leur révéler ce qu’un guide venait de lui apprendre. Les 4.500 mètres de cette montagne ne provoquèrent chez Laurence et chez Béatrice qu’une surprise de commande, que l’on eût obtenue aussi bien avec 2.000 ou 50.000. Sans doute n’avaient-elles consacré jusque-là, aux altitudes comparées, qu’une très faible partie de leurs préoccupations.
La voiture longea le lac de Brienz, qui, dans la catégorie des lacs, tient honorablement sa place, sans afficher trop de prétention.
Puis les voyageurs s’élevèrent jusqu’au Brunnig. Adrien, oubliant sa peur des gendarmes, montait les côtes à belle allure, ne ralentissant que lorsqu’il apercevait une maison. On traversait des villages plus ou moins intéressants, mais toujours très pittoresques que, très peu d’instants après, on apercevait de nouveau, au fond d’un vallon.
Au point culminant du Brunnig se trouve un hôtel. L’altruiste Georges feignit d’avoir soif, afin que son chauffeur pût se désaltérer. Ces dames quittèrent la voiture sans enthousiasme, car elles prévoyaient encore un nouveau point de vue à admirer. Leur stock d’épithètes laudatives était épuisé pour quelques jours au moins.
Le revers du Brunnig est un peu plus dur et les voitures que l’on croisait paraissaient assez essoufflées en montant les pentes. A un certain endroit, une corde barre la route. Le canton d’Unterwalden estime que la contemplation de ses paysages ne doit pas être gratuite pour les chauffeurs. Il en évalue modestement le charme à la somme de trois francs suisses.
On atteignit le petit lac et la ville de Saanen. Quelques kilomètres avant Lucerne, la route est de nouveau barrée, mais c’est la sortie du village d’Unterwalden et l’on réclame aux voyageurs le reçu des trois francs qu’ils ont versés à l’entrée.