Georges savait par expérience que la réflexion n’est jamais qu’un ajournement de la décision à prendre. Sur les quelques heures que César passa auprès du Rubicon, il ne consacra sans doute que peu de minutes à une délibération méthodique. Le reste du temps, il piétina.

Pour le moment, Georges n’était obsédé que de la crainte de ne pas s’endormir tout de suite. Elle lui donnait une tension d’esprit si forte qu’elle le mena bien vite à la détente et à l’anéantissement.

Quand le réveille-matin lui fit couler dans l’oreille sa froide petite sonnerie, Georges se trouvait bien loin de la réalité, sur une route de guerre où défilaient des camions, en discussion très vive avec un oncle décédé vingt ans auparavant et qui ne voulait pas convenir qu’il était mort.

Georges ouvrit résolument les yeux. Le jour fit table rase de la guerre, des camions, des affûts, des troupes en marche et de l’oncle défunt.

— Au fait, se dit Georges, je m’en vais tout à l’heure. Il faut prendre mon bain, il faut m’habiller.

Perspectives navrantes. Il s’accorda un sursis de deux minutes, en s’appliquant à garder les yeux grands ouverts.

— Pourquoi ne pas se lever ? Une fois ! deux fois ! Allons-y !

Son domestique ne descendrait qu’à huit heures. La sonnette du sixième ?… Il appuya sur le bouton sans nul espoir de réussite. Cette sonnette ne sonnait pas ou sonnait dans le désert. Il savait bien qu’il fallait préparer lui-même son bain.

C’est très ennuyeux de réfléchir et ce n’est pas amusant de se laver. Mais chacune de ces opérations facilite l’autre, en la rendant plus inconsciente.

II