Non, non, c’était bien une voiture de tourisme, car, au bout de cinq cents mètres, la distance qui les séparait n’avait pas diminué d’une façon appréciable.

La route continuait à être belle et roulante. Georges la regardait avec une certaine inquiétude, ainsi qu’on interroge un ciel sans nuage, avec la crainte de le voir s’obscurcir.

Adrien, qui boudait toujours un peu à cause de l’incident de la carte égarée, n’en avait que plus de tendance rageuse à pousser sa voiture.

Ce qui était énervant, c’était de ne pas se rendre compte à chaque instant du retard que l’on regagnait. C’était, pensait Georges, parce qu’il ne cessait de fixer les yeux sur l’autre voiture. Il s’astreignit à les fermer pendant trente secondes. Il les rouvrit impatiemment après avoir compté jusqu’à vingt et il remarqua enfin que la voiture poursuivie avait augmenté de dimensions. Il abaissa à nouveau les paupières et au bout d’une demi-minute, en les soulevant, il constata que la forme de l’autre voiture s’était précisée. Ah ! sûr, c’était l’auto américaine du monsieur en question.

Quelques instants après, le chemin tourna et l’on perdit de vue le probable M. Markeysen… Une fois arrivé au virage, Georges eut la joie d’apercevoir beaucoup plus près l’auto poursuivie. Maintenant, sauf événement, on « l’avait ».

Mais l’accident était toujours possible et l’angoisse du poursuivant s’intensifiait…

Enfin, on put faire retentir le klaxon pour demander la route. Mais personne, dans la voiture poursuivie, ne parut se préoccuper de faire droit à cette impérieuse requête.

Ces gens, c’était bien évident, n’avaient pas l’habitude de se voir dépasser. Ils regardaient cette prétention comme tout à fait illusoire. La vingt-quatre chevaux était presque sur leurs ailes, qu’ils n’avaient pas encore dégagé la gauche et, quand ils biaisèrent légèrement, c’était sans doute avec la certitude qu’on ne leur passerait pas devant…

Les voitures étaient de front, la vingt-quatre gagnant un peu sur sa rivale ; cette marche parallèle était dangereuse car elle pouvait se prolonger encore pendant deux ou trois cents mètres et la route n’était pas d’une extrême largeur.

Georges, en se penchant, put voir un homme blond, de torse élevé, au volant de l’autre voiture. Ce monsieur avait à côté de lui un chauffeur tout de blanc vêtu…